Au sud de Santiago, au Chili, le vin Almaviva combine l’expertise de Mouton Rothschild à la richesse de la vallée de Maipo, célèbre pour ses Cabernets Sauvignons. Cette année marque le 25ème millésime du domaine, avec des vendanges imminentes pour cet autre partie de l’hémisphère.

Terroir chilien, tradition française. Située au pied de la cordillère des Andes, la “Vina Almaviva” se distingue par ses méthodes vinicoles bordelaises. Premier vignoble chilien à adopter le concept de Château, le domaine produit un premier vin, Almaviva, et un second nommé Epu. Le terroir sud-américain, promesse du Nouveau Monde, s’unit ici au savoir-faire français.

Ce subtil mélange de culture se révèle dès l’étiquette. Le domaine porte le nom du comte Almaviva, personnage né sous la plume de Beaumarchais dans “Le Mariage de Figaro” et magnifié par Mozart. Cet héritage français s’allie à trois motifs évoquant l’histoire ancestrale du Chili. Un mariage élégant et complexe, “où deux traditions s’unissent pour promettre plaisir et excellence”, souligne Michel Friou, directeur technique d’Almaviva. Un pari réussi, puisque Almaviva devient le premier vin hors Bordeaux à être distribué par les négociants bordelais.

À la fin des années 90, la baronne Phlilippine de Rothschild, alors propriétaire du château Mouton Rothschild, s’associe à l’entreprise chilienne Concho y Toro, l'emblème vinicole du pays. Son objectif : créer un grand vin d’assemblage dans le Nouveau Monde, à l’instar de son père qui fonda vingt ans plus tôt le vin franco-californien “Opus One”.

C’est au Chili que la magie s’opère. Plus précisément à Puento Alto, dans la région de Santiago. Situé dans la vallée de Maipo, à proximité du fleuve du même nom, les 65 hectares de vignes d’Almaviva sont plantés à 650 mètres d'altitude. Ce terroir au milieu des montagnes offre un atout géothermique. Le jour et la nuit amènent de grandes fluctuations de températures, surtout en période de maturation. “En fin de journée, les vents frais de la cordillère descendent dans la vallée et vont modérer les chaudes températures d’été”, complète Michel Friou.

Le climat, considéré comme semi-méditerranéen, génère une pluviométrie très faible, essentiellement en hiver. Les vendanges sont ainsi poussées le plus tard possible, ce qui est idéal pour le Cabernet Sauvignon, leur cépage prédominant. “Ce terroir tardif favorise la maturité du raisin, qui se déroule sous des températures plus basses et une maturation lente”, précise le directeur. Un élément clé, qui, combiné à des sols rocheux et limono-sableux, offre un équilibre entre fraîcheur et maturité, favorable au fruit et à la complexité.

Michel Friou nous emmène au bodega d’Almaviva, la cave de vinification. Inspirée de l’ancienne cave de Mouton Rothschild, les raisins sont mis en caisse selon le concept de gravité, évitant ainsi la pompe à vendange, qui viendrait altérer la qualité. Pour l’élevage, près de 18 mois en fûts de chêne neuf français sont nécessaires pour produire le nectar. Le second vin est vieilli quant à lui pendant 12 mois en fût de chêne, ayant servi déjà une fois.

Le millésime 2018 est exceptionnel, sans doute le plus grand de cette décennie chilienne. Dans le verre, le nez s’ouvre sur un délicat bouquet de mûres et de groseille avant de venir s’associer à des notes de tabac, de café et d’herbes séchées. En bouche, l’assemblage avec le Carménère, le Cabernet Franc et le Petit Verdot lui apporte de la rondeur, un côté crémeux et velouté avec des tannins maîtrisés. Un vin riche et élégant avec un brin de vivacité.

Comptez au moins 150 euros pour ce vin, considéré comme l’un des meilleurs d’Amérique du Sud. Leur second vin, Epu, n’est pas à mettre de côté et permet, pour une cinquantaine d’euros, de s’introduire parfaitement au domaine.